J-30 avant mes 30 ans


Oui je sais je peux t’entendre dire d’ici : «Ca va, 30 ans c’est quoi! C’est jeune!» et ce n’est pas moi qui vais te dire le contraire en côtoyant des vieux au quotidien.
Mais 30 ans, c’est toute ton enfance et ton adolescence qui te parait tout à coup très loin.
Tu n’as plus le droit d’être naïf, irresponsable, ni même insouciant...
Tout à coup ce sont tes parents qui te paraissent vieux, même si physiquement et mentalement ils sont jeunes, tu les vois un peu plus fatigués, des rides marquent leur peau et c’est toi qui te retrouves à leur place 30 ans en arrière.
La nostalgie fait son apparition, c’est tout nouveau... Tu repenses à tout ce qui a pu te bercer durant toutes ces années et tu te surprends à ressentir le manque de ce que, jeune tu cherchais à passer au plus vite!

Ces derniers temps, je me surprends à fermer les yeux et à me renvoyer plus de 15 ans en arrière, j’ai toujours ces mêmes images qui me reviennent...

Je vois cette maison qui a été la nôtre pendant plus de 20 ans. Tout était si vert, la haie était taillée à la perfection. L’amandier en fleurs chaque printemps embaumait l’entrée et à chaque fois que je passais devant je ne pouvais m’empêcher de le regarder et de lui trouver toujours autant de beauté. La glycine grimpait le long de la façade et au milieu se trouvait deux petites fenêtres dont une servait à ma mère pour nous espionner quand on traînait dans la rue avec les copains... On avait fini par savoir quelle était là et parfois même quand je la voyais je faisais comme si de rien n’était.


Il y avait aussi un magnifique jardin, et un potager... mais c’est toujours cette entrée qui me revient en tête, car à chaque fois que je passais le portillon et que je me retrouvais là je me sentais instantanément en sécurité.


Je garde mes yeux toujours fermés et me voilà j’ai 14 ans... 
Je suis dans ma chambre, j’ai mon Walkman dans les oreilles, j’écoute ma cassette de Claude François, et je suis en train de faire pour la 36 millièmes fois le même puzzle... Quand tout à coup mince, pipi! J’en peux plus j’ai trop envie! J’enlève mes écouteurs et j’entends du Morris Albert
Je décide de sortir de ma chambre. 
Sur la droite, je vois papa dans son bureau en train de travailler sur ses photos prisent récemment, il me regarde avec ses grands yeux et sa moustache et me dit : «Viens voir cocotine...». Je me retrouve assise à voir : abeille, coccinelle, araignée, flamand rose, coucher de soleil... bref, tout ce qui l’avait émerveillé les jours précédents.
Je n’ai finalement jamais vu la beauté de ces photos comme je la vois aujourd’hui.


Ensuite je reprends ma route, je m’arrête devant la chambre de ma sœur, et colle l’oreille contre la porte pour l’entendre chanter, tout en l’écoutant je lui glisse un petit mot sous sa porte dont le contenu est secret... (enfin ça c’est ce que je crois).
Je reste quelques instants puis repars.


Je longe le couloir, je sens un doux mélange entre odeur de crêpes et de rôtis... 
Maman est dans la cuisine portant son tablier. Je la vois elle s’active, four, plaques à gaz, micro-ondes, tout marche à pleins gaz! La hôte est allumée à fond et la fenêtre légèrement entrouverte, elle est sur tous les fronts. 
Toujours prête à nous écouter (d’une oreille) je m’affale sur le plan de travail et je lui raconte tout ce qui me passe par la tête, cherchant à la faire rire par moment (histoire de voir si elle m’écoute bien).
Je continue mon monologue pendant au moins une bonne heure puis... j’ai fini alors je me casse... (oui, oui comme ça! après l’avoir bien gonflé, je m’en vais).
Je repars en direction de ma chambre. 

Au passage je pique un paquet de biscuits apéros dans le sellier et je finis enfin ma course dans ma chambre, paquet sous l’oreiller mangeant discrètement, histoire de ne pas faire de bruit. Je n’ai toujours pas fait pipi!....


Et me voilà revenu ici, en cet instant. 
Nous avons suivi nos routes sans qu’elles ne s’éloignent trop les unes des autres
Et même si aujourd’hui j’ai ma propre famille et que mon cœur a fait aussi de la place pour l’amour de mon fils et de l’homme de ma vie, rien ne sera jamais similaire à ce que nous avons vécu tous les 4.
Ce sont des moments qui n’appartiendront qu’à nous jusqu’à la fin.

Alors même si la ville, les meubles, les épreuves et si nos vies ont changés peut importe... nous nous aimons sans modération.
Ils sont ma plus belle force! 💖











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